Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou considère l'utilisation des satellites commerciaux occidentaux à des fins militaires comme une "participation indirecte" au conflit.
Un satellite à Paris. (illustration) ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
La communauté scientifique et spatiale a suivi avec inquiétude l'événement : un satellite militaire russe s'est rapproché à seulement quelques dizaines de mètres d'un satellite commercial finlandais, sous contrat avec les États-Unis et qui "apporte son soutien à l'Ukraine".
Les manœuvres ont commencé fin septembre, lorsque le satellite militaire russe Cosmos-2612 a brusquement modifié sa vitesse pour rejoindre la même orbite que le satellite commercial finlandais ICEYE-X36. Lancé en orbite basse par la Russie en avril, Cosmos-2612 a ensuite poursuivi ses manœuvres pour se rapprocher au centième de degré près du satellite finlandais, selon des données de trajectoire des deux satellites analysées par AFP . Selon les spécialistes, le 18 octobre au matin, la distance entre les deux satellites était inférieure à la centaine de mètres.
Cet événement, suivi par la communauté scientifique, a soulevé des questions sur les capacités du satellite russe, notamment en matière d'interception, de brouillage ou d'espionnage dans l'espace. Ce n'est pas la première fois que des satellites russes manœuvrent pour se placer à proximité immédiate de satellites d'autres pays.
"La combinaison de plusieurs facteurs a rendu cet événement particulièrement préoccupant", a cependant indiqué à l' AFP Clayton Swope, spécialiste de sécurité spatiale au Center for Strategic and International Studies. "Le satellite s'est aligné sur le même plan orbital en orbite basse terrestre" que le satellite commercial ICEYE qui "apporte son soutien à l'Ukraine", a-t-il énuméré. Selon Clayton Swope, "rien ne permet de penser qu'il (le satellite russe) aurait eu besoin d'effectuer les manœuvres qu'il a réalisées pour une raison pacifique".
Déjà des manœuvres en mai
Un porte-parole de l'antenne américaine de ICEYE, contacté par l' AFP , a indiqué être "au courant de la situation" et "la suivre de près".
Dans un document consacré aux menaces spatiales, la Force Spatiale des États-Unis (USSF) souligne qu'en mai de cette année, la Russie a effectué des manœuvres orbitales "très gourmandes en carburant" afin de positionner quatre satellites militaires à proximité d'un satellite radar commercial occidental utilisé par l'Ukraine. Ce satellite, tout comme ICEYE-X36, est équipé de capteurs radar en haute résolution (SAR en anglais), ce qui permet de scanner la Terre de nuit ou lorsque le ciel est couvert de nuages.
Selon l'USSF, la Russie a déployé en orbite plusieurs satellites pour tester les capacités d'interception cinétique et non-cinétique. Pour Swope, il est toutefois "impossible de confirmer que Cosmos-2612 était équipé d'une arme".
"Zone grise"
Selon une note publié par Swope, les activités russes pour contrer les capacités spatiales occidentales doivent être évaluées "dans le contexte des activités agressives russes en zone grise".
Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou considère l'utilisation des satellites commerciaux occidentaux à des fins militaires comme une "participation indirecte" au conflit. "Des infrastructures quasi-civiles pourraient devenir des cibles légitimes pour une riposte", avait menacé en octobre 2022 à l'ONU Konstantin Vorontsov, un responsable du ministère russe des Affaires étrangères.
Lundi matin, le satellite Cosmos-2612 s'éloignait de ICEYE-X36 : les deux engins se trouvaient alors à quelques kilomètres de distance.
La semaine dernière, l'institut américain ISR, spécialisé dans la défense, le renseignement et la sécurité, a souligné la possibilité d'une nouvelle manœuvre de rapprochement non sollicité entre des satellites russes et un satellite ICEYE au cours des prochaines semaines.
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